Nucléaire iranien

Obama menace l’Iran mais Israël l’inquiète


Dans son discours sur l’Etat de l’Union, mardi 24 janvier, Barack Obama a mis en garde l’Iran
mais a rappelé qu'une « résolution pacifique » de la crise du nucléaire était « encore possible ».
Selon son entourage, les opérations israéliennes qui se multiplient contre le régime des mollahs lui font craindre d’être poussé dans un engrenage dont il ne veut pas.


Intervenant devant le Congrès, le président américain a d’abord dit tout le mal qu’il pensait du programme d’enrichissement d’uranium iranien. « Qu'il n'y ait pas de doute : l'Amérique est déterminée à empêcher l'Iran d'acquérir l'arme nucléaire et je garde toutes les options sur la table pour atteindre ce but », a-t-il lancé. Il sait, en effet, que la campagne présidentielle (les Américains votent en novembre) se jouera, en grande partie, sur la question de sa faiblesse réelle ou supposée. Les conservateurs, héritiers des années Bush, considèrent que l’Amérique a perdu beaucoup plus que sa superbe au Proche-Orient et que rien de grave ne serait arrivé dans cette région si la Maison Blanche avait conservé une direction digne de ce nom. La Turquie n’aurait jamais affiché une telle arrogance vis-à-vis d’Israël, les islamistes tunisiens et égyptiens n’auraient peut-être pas osé une telle offensive contre les alliés traditionnels des Etats-Unis (Ben Ali et Moubarak) si Washington n’avait pas donné l’impression d’être sans voix. Le vainqueur de la primaire de Caroline du Sud, Newt Gingrich, n'a pas hésité à railler un président « si faible qu'il fait paraître Jimmy Carter fort » en matière de sécurité nationale. Surtout que M. Obama ne pourra jamais changer à 100% et il est issu d’une « culture multilatéraliste américaine qui le pousse à constamment rechercher le compromis ». « Une résolution pacifique de cette question est encore possible », a-t-il ajouté immédiatement après avoir mis en garde les mollahs. A ses yeux, Téhéran « est plus isolé que jamais » et les responsables iraniens font face à des « sanctions écrasantes ». La pression « ne fléchira pas », a-t-il promis. « Grâce à la puissance de notre diplomatie, le monde, qui était auparavant divisé sur la façon de gérer le problème nucléaire iranien, ne fait maintenant plus qu'un », a-t-il ajouté.

Il est toutefois le premier à savoir que ce qu’il avance est faux. L'Union européenne a décidé, c’est vrai, d'instaurer un embargo sur le pétrole iranien, mais la Chine ne veut pas en entendre parler et les Russes ont clairement fait savoir qu’ils étaient allés au bout de ce qu’ils pouvaient consentir en termes de sanctions contre Téhéran. Il n’est pas question, à leurs yeux, d’endosser la proposition israélienne de « sanctions paralysantes ».
Les Israéliens représentent d’ailleurs un autre motif de préoccupation pour M. Obama. Car dans un premier temps, le ministre israélien de la Défense, Ehud Barak a rappelé un principe classique de la stratégie israélienne dans ce dossier : « toutes les options sont sur la table », a-t-il dit. Cette assertion n’a rien d’extraordinaire, mais, fait inédit, M. Barak a profité d’une interview au Sunday Times pour révéler que l’Etat hébreux envisageait sérieusement une intervention militaire. Il a même donné les critères qui détermineront la décision finale israélienne : sa capacité à agir, la légitimité internationale d'une attaque, et la nécessité de l'action militaire. Or, il semble que les différents services de renseignements israéliens aient déjà répondu par l’affirmative aux questions posées par ces trois critères, ce qui signifie que tous les voyants sont au vert pour une offensive militaire. S’il s’en tient aux seuls critères de ses services de renseignements, Benjamin Netanyahou doit donner l’ordre d’attaquer. Reste juste à savoir le temps que l’état-major de Tsahal juge nécessaire pour prévenir Washington en cas d’attaque. La plupart des observateurs parlent d’un délai de huit heures avant le début des opérations. Ceci bien sûr inquiète le président américain. D’autant qu’il se sent déjà poussé à la confrontation par un gouvernement israélien multipliant les faits accomplis. On sait qu’Israël est soupçonné d’avoir éliminé au moins quatre ingénieurs iraniens dans différents attentats à la bombe alors qu’un général des Pasdaran (Gardiens de la révolution) a trouvé la mort dans l’explosion d’une base militaire à 40 km de Téhéran. Le général Hasan Moghaddam dirigeait tout le programme de développement de missiles en Iran. Et au cours du mois dernier, quatre anciens cadres des Pasdaran ont été tués dans des conditions mystérieuses (voir article p24 “Multiplication mystérieuse d’accidents chez les Pasdaran). En fait, les hostilités sont déjà ouvertes entre Israël et l’Iran et un dérapage est toujours à craindre. C’est pourquoi Barack Obama a dépêché, la semaine passée, son chef d’état-major à Jérusalem pour des consultations afin de contenir les Israéliens. « Notre engagement sans faille pour la sécurité d'Israël a conduit à la coopération militaire la plus étroite entre nos deux pays de toute l'Histoire », a-t-il rappelé.

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